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Où peut-on lire?

Publié dans : Composition
Mardi 17 juin 2008
    Quelle débauche d'énergie renouvelable en ce moment, c'est incroyable... Des ministres au front hier aux routiers aux frontières, que de gâchis, que de misère. Pensez-vous une seconde au pauvre marin qui doit payer son carburant une fortune pour pouvoir repartir en mer afin de chasser nuits et jours, sans relâche, traquant les fébriles nuées subaquatiques d'un seul oeil, l'autre ayant été emporté par un requin démesuré qui l'avait attaqué un soir alors qu'il quittait une taverne dans le vieux Quimper, pensez-vous à lui?

    Eh bien non, vous n'y pensez pas et vous avez fort raison. Ce marin existe bel et bien et il fait partie de mes proches... "connaissances", dirons-nous. Il est absolument repoussant mais cet homme est une icône pour toute une génération dans mon village. Ainsi, il m'est indispensable d'éviter de vous dresser même un succinct portait de l'homme qui, d'après toute vraisemblance, est en passe de devenir le héros de mon histoire. Vous voudrez bien m'en excuser.

    Sa silhouette difforme s'avance sur le trottoir d'en face. Je ne l'ai pas vu. Il me parle :
" Eh, ça va, hein?
- Oh, bonjour, ça va? Pour ma part, ça fait aller, ajouté-je afin d'abréger la conversation qui semble déboucher en tout est pour tout sur un océan de platitudes.
- Oh ben oui, puis avec le temps qui se dégrade, en plus, ce matin, je suis allé à St-Machin et là-bas, ouh dis, c'étaitbienterriblecommetempsetilpleuvaitfortenplusparcequej'aivudesgrêlonscommedesballesdegolf..."

    Et il ne s'arrête plus, ses phrases se rallongent, et se remplissent de ces banalités que les gens disent pour se rassurer. Comme si je connaissais la taille d'une balle de golf...

    Le problème de ces échanges verbaux, en plus de leur stérilité (car le fait qu'il ait plu à St-Machin, toute saucée que ce fut, n'eut pas forcément d'incidence sur le contenu de mon estomac et que à cette heure-ci, je sens bien qu'il vaudrait mieux pour moi que je mange plutôt que d'écouter les salades d'un légume) se renferme dans leur platitude effrayante faite des expressions les plus courantes et les plus tartes qu'on ait héritées de nos chers aïeux.

    Ainsi, lorsqu'un quidam laisse tinter une pièce sur un sol plus ou moins dur, il ne faut pas attendre bien longtemps pour que l'écho retentisse : "Ah, ça repousse pas!"...

    Je vous parlais même de mariage récemment. Mais n'avez-vous jamais entendu les douces paroles des beaux-parents fiers de leurs enfants respectifs discutant avec des convives plus ou moins incrustés au vin d'honneur?
" Ah elle était belle la mariée.
- Oh oui, elle était belle, et puis les alliances!
- Ah oui! Et puis [ ils ont eu beau temps! ] [mariage pluvieux, mariage heureux ]* "

    C'est pourquoi, trêve de banalité, je déclare la guerre à la platitude et ma première action sera de briser les os de Jean-Pierre Pernaut.
    Ben oui, on peut pas faire d'omelette sans casser des neuneus.

* rayez la mention selon la saison, mais bon, il n'y a plus de saisons, ma pauv' dame!...
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